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RETOUR AUX SOURCES

Retour aux sources, retour aux sources… mais quelles sources ?

Souvenons-nous. C’était il y a près de 47 ans, nous sommes à la fin du mois de juillet 1968, à Prague, capitale de la Tchécoslovaquie. C’était en juillet, mais pour les Tchèques et les Slovaques, c’était toujours le printemps, le « Printemps de Prague ». Le jeune secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque de l’époque, Alexandre Dubček et le président de la République Ludvik Svoboda ont lancé il y a quelques mois de cela un mouvement de libéralisation (« le socialisme à visage humain »), mais ils ont vite été débordés par leurs concitoyens et notamment la jeunesse (« Mai 68 » vient à peine de se terminer à Paris). L’ambiance dans les rues est assez étonnante, et bon enfant, partout, à tous les coins de rues, des groupes, des rassemblements où ça discute et débat.

 Ce 23 juillet-là, donc, sur le coup de 13 heures, installé dans l’un des deux fauteuils du hall du Kolej Budec – résidence universitaire sise au 20 de la rue Wenzigova – un jeune homme pas trop mal de sa personne, tout bronzé (il vient de passer un mois à faire de la voile sur la Méditerranée) feuillette négligemment le Nouvel Obs. Il se prépare à passer à la cantine et semble pour l’instant quelque peu esseulé ; en effet, les sept autres étudiants français qui vont comme lui participer au stage linguistique de tchèque à l’Université Charles n’arriveront que le lendemain. Pourquoi donc est-il arrivé 24 heures avant les autres ? La soif d’apprendre, répond l’intéressé… Sa future épouse prétend, elle, qu’il s’est tout simplement trompé d’un jour. D’autres diront que c’est le Destin.

Bref, le jeune homme en question n’est pas tout à fait à sa lecture car il n’a pas manqué de remarquer dans le hall un groupe d’étudiants – visiblement des Anglais – qui eux aussi viennent d’arriver et se préparent à passer à la cantine. Notre ami les y précède, s’installe avec son plateau à une table libre et voit s’approcher de lui ledit groupe, emmené par une jeune fille, ma foi, pas trop mal non plus de sa personne… Elle s’approche de lui et lui lance, avec une toute petite pointe d’accent : « Vous êtes Français ? », sachant très bien, la fine mouche, qu’il l’était, elle avait repéré la couverture du Nouvel Obs dans le hall, et sans attendre la réponse, elle s’installe juste en face de lui. Et de lui annoncer qu’elle vient de terminer une année comme assistante dans un lycée de la région parisienne, que comme lui elle poursuit des études de russe (à Glasgow) etc… etc… C’était il y a presque 47 ans…

 Cette rencontre, faut-il le préciser, fit d’emblée une victime collatérale : l’étude de la langue tchèque à laquelle les deux stagiaires susmentionnés n’accordèrent, hélas, pas toute l’attention requise…

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Les stagiaires. Nous sommes tout en haut, au dernier rang, entre les deux colonnes centrales.

…….

Epilogue. Le 21 août dans la nuit, soit quelques jours avant la fin du stage, un vrombissement prolongé réveille et plonge Prague dans la perplexité, puis au petit matin, nous sommes réveillés (quand je dis « nous », je veux dire l’ensemble des stagiaires… Qu’alliez-vous imaginer?), nous sommes réveillés par des bruits de cavalcade dans les couloirs et sortis du lit par des tambourinements furieux sur les portes : les Russes ! Les Russes – ou plus précisément les troupes du Pacte de Varsovie – sont là ! Stupéfaction et confusion. Il nous est demandé instamment de ne pas mettre le nez dehors mais les plus téméraires, dont nous sommes, s’y risquent et vont même jusqu’à la place Venceslas et dans les grandes artères environnantes ; on ne va tout de même pas manquer cela! Tout Prague est dans la rue, la place Venceslas est noire de monde, la confusion la plus grande règne, l’incompréhension se lit sur les visages, les rumeurs les plus folles courent, des cris de colère, certains ont les larmes aux yeux… On entrevoit des chars – on s’en approche – entourés par la foule qui essaie en vain de nouer un dialogue avec les jeunes soldats perchés dessus, de leur expliquer qu’ils ont envahi un « pays-frère », pourquoi ? Pourquoi ?… En vain, les soldats n’ont d’ailleurs pas trop l’air de savoir où ils sont ni de comprendre ce qui se passe. Plus loin, de la fumée épaisse, une grande agitation autour, des pompiers : c’est un tank qui est en feu, plus loin encore, une façade lêchèe par les flammes. La journée se passe à aller et venir dans la confusion la plus totale et le lendemain nous apprenons que nous devons évacuer dare-dare la résidence, elle est réquisitionnée pour les troupes d’occupation. Que faire ? Où aller ? Il règne à Prague une pagaille indescriptible, les frontières sont fermées, rien ne fonctionne, les rumeurs les plus folles continuent de circuler, certains, parmi nos amis étudiants tchèques, évoquent déjà leur départ/exil pour l’étranger. Nous apprenons que l’ambassade du Royaume-Uni organise à l’intention de ses ressortissants un convoi automobile jusqu’à la frontière de la RFA. Nous contactons par téléphone la nôtre, mais visiblement celle-ci a mieux à faire que de s’occuper de huit étudiants, nous insistons… «Ah écoutez, démerdez-vous ! » Bon, au moins, cela a le mérite d’être clair.

Il y avait très peu de touristes à Prague à ce moment-là, mais il s’y tenait un congrès mondial de géologie ou quelque chose comme cela. Nous n’étions donc pas les seuls à devoir quitter le pays en urgence et, de toutes les façons, nous n’étions plus nourris à la résidence. Nous apprenons dans l’après-midi qu’un train, un seul, quittera le lendemain Prague pour évacuer tous les étrangers vers Paris ; vite, nous courons à la gare pour confirmation, c’est confirmé, et nous achetons les billets. Et là, voyez comme les choses sont allées très vite, notre étudiante écossaise, boursière du gouvernement britannique, décide de fausser compagnie à ses concitoyens et de rentrer en France avec les Français, avec son Français !!! Déjà ! C’est beau comme l’antique. Le lendemain matin, direction la gare. Nous traversons – à pied – la ville, dans une ambiance étrange et, en ce qui nous concerne, c’est tout à la fois le soulagement de pouvoir quitter un pays qui se cadenasse, et le sentiment d’abandonner le navire et les amis que nous nous sommes faits à Prague. Nous serons les seuls jusqu’à la fin du mois à pouvoir quitter le pays. Le train est constitué de bric et de broc, de vieux wagons brinquebalants qui nous mènent cahin-caha à la frontière (contrôle serré), à Nuremberg puis à Paris. Une fois là, la belle s’envole pour Glasgow, et moi, je repars pour le sud.

Voilà… C’était il y a 47 ans… Nous avons très peu de photos, nous n’étions pas allés à Prague pour faire du tourisme, ni autre chose d’ailleurs (!?!), mais pour étudier…

On ressemblait à peu près à cela à l’époque… Quelques photos de Prague, l’arrivée de Dubček à Hradčany (avant les évènements), une voiture sur laquelle un char était passé, une façade en feu, un char, la foule dans la rue, puis le départ en gare de Prague…

(Il suffit de cliquer sur la/une photo pour passer en mode diaporama)

Depuis, de l’eau, beaucoup d’eau a passé sous les ponts. Nous nous sommes rencontrés à nouveau à Prague cet hiver-là, nous allions faire du ski à Horny Smokovec, dans les Tatras, et accessoirement voir si c’était vraiment du solide…

C’était bien du solide, le couple s’annonçait stable, plus stable en tout cas que la demoiselle sur ses skis!!!!

… Nous sommes retournés à Prague en juillet 90 en voiture (pour y faire quoi? Nous l’avons complètement oublié)…

Nous avions déjà bien changé…

… Puis une fois encore en voiture et en famille à l’été 1990, après être allés à Berlin casser un morceau de mur.

Berlin, huit mois après la chute du mur, Prague avec le kolej Budec et les fauteuils du hall toujours là, rien n’avait changé, puis quelques vues de la ville et la tombe de Kafka au cimetière juif.

25 ans, donc, que nous n’y avions pas remis les pieds… Nous avons 3 enfants et 7 petits-enfants que nous avons pris l’habitude, depuis une vingtaine d’années, d’emmener quelque part, à intervalle régulier. La première fois, ce fut Venise, nous étions huit…

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Cinq ans plus tard (avril 2004), ce fut Istanbul, nous étions dix…

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En août 2009, nous étions treize au Club Méditerranée de Vittel…

2009  08  VITTEL  PHOTOS CLUB MED 014

Et en 2015, à quatorze cette fois, nous embarquâmes à Marseille pour une semaine de croisière en Méditerranée avec MSC.

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Toujours de grands moments. Et à chaque fois nos enfants nous ont remerciés généreusement, cette année par exemple ils nous ont offert ce magnifique retour aux sources, quatre jours pleins à Prague dans un établissement absolument fabuleux que vous allez découvrir.

 De la nostalgie, bien sûr, dans ce retour au source, et aussi, il faut bien le dire, le sentiment de découvrir vraiment, pour la première fois de façon approfondie, cette ville devenue entretemps magnifique.

 Magnifique en effet, et nous avons été très impressionnés de voir comment Prague, en moins de 25 ans, est passée du degré zéro ou presque du tourisme au statut enviable de l’une des destinations favorites des touristes du monde entier (beaucoup d’Américains et d’Asiatiques en plus des Européens, bien sûr). Et cette prouesse ne doit rien au hasard, les Tchèques se sont visiblement donnés les moyens d’y parvenir :

– Mise en valeur du patrimoine architectural: l’ensemble des bâtiments et monuments historiques a été rénové et réhabilité, les musées – anciens et nouveaux – ont été superbement aménagés ou réagencés, les façades, les toits de la vieille ville, tout a été impeccablement refait…

 – La ville est d’une propreté remarquable (avec juste un tout petit bémol pour les tags, mais, rassurez-vous, nous sommes encore loin de la situation à Paris et en France en général).

 – La ville a développé et continue de développer à grande échelle et à grande vitesse son infrastructure hôtelière, offrant une gamme complète d’établissements pour toutes les bourses, et notamment un nombre impressionnant d’hôtels de grand luxe, installés dans d’anciens couvents, palais ou autres.

– Toutes les personnes ayant affaire aux touristes (serveurs dans les restaurants, employés dans les hôtels, personnels dans les musées, chauffeurs de taxi…) parlent anglais, un bon, voire très bon anglais souvent, ce à quoi les clientèles asiatique et américaine sont très sensibles.

– Personne ne nous a fait le coup de la bague, aucune pseudo-muette roumaine ne nous a abordés… Pas de mendiants, à l’exception de la demi-douzaine sur le pont Charles, en revanche, le matin tôt on voit dans les rues des brigades de personnes, balais en mains, chargées du nettoyage, visiblement des roms… Premier pas vers l’intégration par le travail? Exemple à méditer…

– Et bien sûr, les magasins, tous les magasins sans exception dans l’ensemble du périmètre touristique sont ouverts le dimanche.

– Enfin, nous avons trouvé à Prague une atmosphère joyeusement festive, assez éloignée de l’ambiance un peu triste du tourisme parisien ; c’est vrai que l’on ne s’amuse plus guère à Paris.

 Quelques bémols.

Prague est victime de son succès, il y a beaucoup, beaucoup de monde… Et à propos de l’atmosphère festive ci-dessus évoquée, on peut regretter que les vols des compagnies à bas coût déversent à jet continu des hordes de soiffards (essentiellement anglo-saxons ou allemands) uniquement attirés par le prix de la bière. Pire encore, les « stag parties » (enterrement de la vie de garçon) qui se traînent de bar en bar. La ville à notre avis mérite mieux.

A propos de l’affluence encore, l’itinéraire qui mène du Château à la place de la Vieille Ville en passant par le pont Charles nous a furieusement rappelé celui qui, à Venise, mène de la place Saint-Marc au pont du Rialto (mêmes ruelles qui serpentent dans la vieille ville et même flot humain) ; comme à Venise, point n’est besoin de connaître la ville, il suffit de suivre…

Dans le secteur touristique de Prague, nous l’avons dit, c’est l’anglais! Tout est écrit en anglais, tous vous abordent en anglais. Nous avons plus haut salué la performance, mais tout de même, trop, c’est trop, surtout quand l’anglais parlé par la plupart est plutôt de l’anglo-américain et qu’il nous a fallu par exemple attendre 24 heures montre en main avant que nous ne soyons accueillis dans un bar par un fort sympathique « Dobry den » plutôt que par « hello » (nous tenions quand même à utiliser les quelques mots tchèques qui nous restaient…). Et comme dans tous les grands centres touristiques du monde entier maintenant, c’est pizza et pub irlandais pour (presque) tous…

Disons que d’une manière générale, nous avons constaté une très forte présence – et influence – anglo-américaine, beaucoup d’Américains effectivement qui ne conçoivent la visite de la ville qu’en Segways (et s’étonnent ensuite de devenir obèses).

Pour la suite, cliquer sur « Les étapes du voyage ».

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